sociom@g la newsletter du management social Sociom@g n°35 - le dossier

Investissements Socialement Responsables : peut-on concilier éthique et performance ?

Un phénomène émergent

Alors que le modèle capitaliste vacille face à la crise mondiale, une nouvelle façon d'investir émerge, empreinte d'humanisme et de développement durable. Les investissements socialement responsables (ISR) ont représenté près de 30 milliards d'euros d'encours fin 2008 en France avec une croissance de 37 % par rapport à l'année précédente(1). Une évolution qui interpelle alors même que la crise frappait toutes les places financières de la planète.

D'autant que les ISR possèdent encore en France une belle marge de progression : ils ne représentent en effet qu'un peu plus de 1 % des encours sous gestion. Mais les choses évoluent très vite.

Histoire et définition

Pour résumer, un ISR est un fonds qui compose son portefeuille selon des paramètres autres que financiers, en s'intéressant notamment à l'environnement, au social et à la gouvernance - on parle de critères ESG.

L'idée est plutôt ancienne puisque les origines remontent à la fin des années 30 aux États-Unis dans des congrégations religieuses. Elle a pourtant mis du temps à traverser l'Atlantique pour atteindre le Royaume-Uni et le Benelux, avant de toucher la France à son tour il y a une dizaine d'années.

Des approches très variables

Les ISR et la philosophie qui les entoure sont loin d'être partout identiques : "Les critères peuvent varier. Aux Pays-Bas, par exemple, le fonds de pension des personnels de santé exclut les industries d'armement. C'est le point de vue de l'administrateur du fonds qui prévaut", explique Maud Livet, responsable de la recherche ESG chez Agicam, la société de gestion d'actifs du groupe AG2R LA MONDIALE.

En France, le principe le plus courant pour les ISR est celui des best in class : plutôt que d'exclure a priori un secteur, on retient dans chaque secteur le "meilleur élève", celui qui fait les efforts les plus significatifs, avec des critères adaptés à chaque cas.

Juger du respect de tous ces éléments implique une énorme machinerie : "Un investisseur ne peut obtenir ces informations seul, précise Maud Livet. Il fait donc appel à toute une chaîne de responsabilités pour l'y aider." Ainsi, par exemple, une banque va-t-elle signer la charte des "Principes Équateur" sur le respect de la gouvernance environnementale. Les compagnies pétrolières disposent du même type de charte sur la transparence de leurs interventions.

Les labels ISR

Il n'y a aucune loi qui régisse les ISR. Le prospectus, obligatoire pour tous les fonds, doit juste mentionner qu'il s'agit d'un fonds ISR et expliquer en quoi il l'est. Faute de réglementation, ce sont donc des organismes privés qui labellisent les fonds ISR.

  • Novethic : filiale de la Caisse des dépôts. Critères : analyse ESG, transparence du processus de gestion, reporting extra-financier, transparence du portefeuille. Un label qui s'adresse plutôt aux particuliers.
  • Altedia Investment Consulting. Critères : évaluation des fonds et sociétés de gestion sur la qualité du travail effectué et la classification.
  • Comité intersyndical de l'épargne salariale (CIES). Critères : labellisation d'une offre ISR complète, qualité des sources d'information, rapport qualité/prix pour les salariés, utilisation du droit de vote par le gestionnaire du fonds, limitation des fonds de fonds.
  • Finansol : association professionnelle de la finance solidaire. Critères : financement de projets solidaires, information claire des épargnants sur les projets.

La gestion des fonds ISR

La gestion d'un fonds ISR repose sur quelques principes spécifiques.

"Chez Agicam, par exemple, l'équipe recherche ESG publie chaque trimestre une liste de valeurs éligibles dans laquelle le gestionnaire du fonds pioche à sa guise. Nous travaillons à partir des données de trois agences de notation, Vigeo, Innovest et Ecom, complétées par des études établies par des brokers, des ONG, des associations parapubliques ou supranationales."

Toutes ces données sont centralisées dans un logiciel qui en tire une notation. Le reste est une démarche financière classique, à la réserve près que les données sont constamment à la disposition des gestionnaires. Cette somme d'informations finit par constituer un facteur de performance.

La performance en débat

Comment se situent les ISR par rapport aux fonds "classiques" ? "C'est un gros débat, remarque Maud Livet. Altedia par exemple juge qu'ils surperforment ; l'Edhec (2), qui a publié une étude sur le sujet fin 2008, pense le contraire ! En fait, il existe tellement de types d'ISR que cela peut nettement varier d'un échantillon à l'autre."

Il reste qu'en retenant les best in class de chaque secteur, on choisit en fait des entreprises souvent plus affûtées que leurs concurrentes. Remarquons que le fonds AG2R Actions ISR vient d'être classé 3e fonds actions de la zone euro par l'Agefi(3). tous fonds confondus ! Il semble donc bien possible de concilier éthique et performance.

Valeurs et communication interne

Mais il est dommage de ne s'en tenir qu'à la performance pour choisir le support de son épargne salariale. "L'ISR a bien d'autres atouts qui peuvent justifier son choix par l'entreprise : il porte des valeurs auxquelles les salariés sont sensibles. Cela peut déboucher sur une vraie démarche de communication interne."

Ne peut-on pas y voir un simple phénomène de mode ? Maud Livet sursaute : "J'espère que non, le sujet est trop important ! Le réchauffement climatique n'est pas une mode, ni la mondialisation, ni la déshumanisation du travail. C'est vrai que les médias en parlent plus. Mais la mode, c'est surtout la prise de conscience."

(1) Étude Novethic Chiffres 2008 et analyse du marché français de l'ISR
(2) École des hautes études commerciales - Lille
(3) Quotidien suisse spécialiste des marchés financiers

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